Les âmes brûlées

Âmes brûléesSi, comme moi vous n’êtes pas un grand fan de la littérature canadienne anglaise, voici une oeuvre qui devrait vous réconcilier avec ce qui s’écrit dans l’autre solitude. Et franchement, la découverte en vaut la peine. Avec ce premier roman, Andrew Davidson brûle les étapes (si j’ose dire) et passe d’emblée dans la cour des grands. L’univers complexe qu’il met en place est d’une cohérence absolue et, bien que les liens entre les différents éléments de l’histoire paraissent ténus au début, ils se révèlent dans toute leur nécessité au fur et à mesure que la lecture progresse.

Le roman s’ouvre sur cette scène époustouflante où, roulant à toute allure sur une route en lacet, une bouteille d’alcool à la main, un homme perd prévisiblement le contrôle de son véhicule. Garde-fous arrachés; la voiture qui prend feu et notre homme après avoir bien rôti, se retrouve comme par enchantement au Service des grands brûlés d’un hôpital. Commence alors pour lui un calvaire que le simple mortel ne peut imaginer mais qu’Andrew Davidson décrit de façon extrêmement précise. Les brûlures sont très profondes et la guérison, lente et douloureuse. Si douloureuse en fait que notre homme n’a qu’un seul désir, un seul rêve, se rétablir suffisamment pour sortir de l’hôpital, se rendre dans une chambre d’hôtel et s’administrer simultanément cinq méthodes de suicide. Comme il le dit lui-même avec beaucoup de cynisme: ‘ce n’est pas un appel au secours’.

Pourtant, au coeur de cet enfer, survient une rencontre inattendue. L’homme est visité par une patiente de l’aîle psychiatrique aux allures étranges qui dit l’avoir connu il y a plus de 700 ans. Véritable Shéhérasade, elle lui racontera bribe par bribe leurs aventures passées. Si au début, le patient réprime difficilement son envie d’appuyer sur la sonnette d’appel, il se surprendra à s’intéresser peu à peu à l’histoire invraisemblable mais passionnante qui lui est relatée. Et nous aussi…