Chroniques de la rentrée littéraire

Chroniques de la rentrée200 bloggeurs s’associent pour suivre la rentrée littéraire française. Entreprise titanesque; plus de 650 romans (français et étrangers) sont annoncés cette année.

Une recension par catégories: Romans français; romans étrangers; premiers romans. Des entrevues d’auteurs.

Bref, un outil qui permettra peut-être de mieux distinguer le bon grain de l’ivraie… 

http://chroniquesdelarentreelitteraire.com/

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J’aime les titres

Je l’avoue, parfois le titre d’un livre agit sur moi comme un aimant, surtout s’il contient plusieurs mots. Bien sûr, le nombre seul ne suffit pas à garantir mon adhésion mais j’ai remarqué que, souvent, les titres qui me plaisent sont plus longs que la moyenne. Si les termes d’un titre sont bien agencés, si l’ensemble est évocateur, s’il s’en dégage une certaine poésie, comme d’un vers tiré d’un poème, je suis déjà un peu gagné. J’ai envie d’aimer le livre qu’il représente. Un titre, c’est une promesse. Certains livres la tiennent, d’autre moins…

J’imagine le cauchemard de l’auteur (et souvent de l’éditeur) au moment de choisir le titre d’un ouvrage à paraître. Il faut ramener l’oeuvre à sa plus simple expression; faire en sorte que le texte tout entier puisse entrer dans ces quelques mots choisis tout en gardant à l’esprit l’aspect promotionnel de l’exercice et les contraintes de la mise en marché.

Quelques exemples de titres qui ont attiré mon attention sur le livre:

Cette attirance pour les beaux titres me vaut aussi parfois des surprises moins heureuses. Témoin, ce roman complètement déjanté dont le titre m’a envoûté comme le chant d’une sirène et sur lequel je suis venu m’échouer, tel un marin sur son récif: Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Par ailleurs, la longueur seule n’est pas un gage absolu de réussite à ce point de vue: Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire, ouvrage au demeurant plutôt original, est assez mal servi par ce titre (de traduction) sans aucune imagination.

Enfin, malgré la présence d’un titre d’une qualité exceptionnelle, une expérience malheureuse précédente me préviendra parfois contre la tentation de me lancer dans la lecture du dernier livre d’un auteur. C’est le cas de celui-ci:  Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute. Non mais quel titre tout de même, vous en conviendrez.

Peut-être avez-vous, vous aussi, vos titres aimants?

Le froid modifie la trajectoire des poissons

lefroidmodifieIl existe une expression anglaise pour désigner un petit film qui fait du bien à l’âme et dont le visionnement terminé nous laisse un sourire aux lèvres: ‘Feel good movie’. Je ne sais pas si cette formule a son équivalent en littérature (genre ‘Feel good novel’) mais, si tant est qu’il existe, il s’appliquerait sans doute à ce roman. ‘Bouillon de poulet pour l’âme’ me direz-vous? Non, non, trop culinaire comme métaphore. Quoique, le côté passablement ‘guimauve’ du livre, surtout vers la fin, justifierait sans doute l’utilisation de cette étiquette. Mais, tout le récit étant présenté du point de vue d’un enfant on se dit, après tout, pourquoi ne pas revêtir les lunettes roses qui nous sont proposées?

Un jeune garçon assiste, impuissant, à l’annonce de la séparation de ses parents. Nous sommes le 4 janvier 1998, la veille de la plus terrible tempête de verglas qu’ait connu le Québec. Notre ami, implore le ciel de l’aider à recoler les morceaux de sa famille au bord de l’éclatement. Le ciel interviendra en effet, et pas nécessairement de la façon qu’il avait imaginé. Rappelons-nous: Au pire de la crise  « …un million de foyers, soit près de deux millions et demi de personnes, sont sans électricité ». En fait, le verglas n’est pas simplement un élément de décors dans cette histoire mais bien l’un des principaux acteurs. Car, le froid ne modifie pas seulement la trajectoire des poissons… celle des humains également.

Babelio

babelioPeut-être connaissez-vous déjà ce site qui permet aux utilisateurs de partager leurs impressions de lecture. Environ 18 000 critiques de livres, 8 200 utilisateurs inscrits, majoritairement d’outre-atlantique toutefois, ce qui n’empêche pas d’y retrouver des  romans québécois. Une petite recherche au nom de ‘Laberge’ m’indique que 71 lecteurs ont inscrit l’un ou l’autre de ses romans dans leur bibliothèque personnelle.

Source très riche d’informations, le site comporte également des fiches d’auteurs et permet aux utilisateurs de reconnaître d’autres lecteurs ayant des goûts similaires aux leurs. En panne d’idées de lecture? Pourquoi ne pas y faire un saut?

La Porte des Enfers

laportedesenfersJusqu’où un père peut-il aller pour arracher à la mort l’enfant qui lui a été enlevé? ‘Jusqu’en enfer’. Voilà la réponse que Laurent Gaudé illustre, au sens littéral, dans ce roman plus qu’intense sur l’amour paternel.

La vie de Matteo de Nittis, chauffeur de taxi napolitain sans histoire, bascule le jour où, reconduisant son enfant à l’école, il se trouve pris dans le feu croisé de bandes rivales. Pippo, 6 ans, le fils bien-aimé, y laissera la vie, atteint par une balle perdue. C’est l’abattement pour Matteo; la révolte pour Giuliana son épouse. Elle lui laisse le choix:

«Rends-moi mon fils, Matteo. Rends-le-moi, ou, si tu ne peux pas, donne-moi au moins celui qui l’a tué!»

Matteo, s’emploiera donc à satisfaire la seule partie réalisable de la demande de Giuliana: identifier et abattre le responsable de la mort de Pippo. Il hésitera au dernier moment; renoncera finalement et ce sera l’éclatement du couple. Chacun coulera à pic dans sa propre détresse; Giuliana fuyant Naples et cherchant l’oubli du passé; Matteo vivant de nuit désormais, sillonnant la ville sans but, son taxi toujours vide de client.

Puis, un jour, se produira pour Matteo la rencontre de personnages marginaux et excentriques: Graziella, la prostituée travestie connue par tout ce que Naples compte de dépravés, Garibaldo, le tenancier de bar, capable de faire un café pour n’importe quelle occasion, un café pour l’amour, un café pour la mort; Don Mazerotti le curé barricadé dans son église pour échaper à l’éviction; le professore enfin, qui prétend connaître l’existence de portes permettant de descendre au pays des morts. Voilà qui intéressera Matteo…

Un roman rempli de scènes fortes. La mort de Pippo entre autres est boulversante. Merci à l’émission Vous m’en lirez tant de Radio-Canada qui a proposé ce livre publié l’année dernière et que je n’avais pas remarqué.

Tarmac

tarmacRivière-du-Loup, été 1989. 

Dans les gradins du stade municipal où il se retrouve par désœuvrement, Michel (Mickey) Bauermann fait la connaissance de Hope Randall, une jeune fille hors de l’ordinaire fascinée par la fin du monde. D’ailleurs, de génération en génération, la famille de Hope s’est évertuée à prédire la date, chaque fois périmée (et donc erronnée), de l’apocalypse. Rien d’étonnant donc à ce que, lors de ce premier contact entre les deux adolescents, il soit question d’Hiroshima, de la bombe atomique et de la vaporisation que subiraient leurs corps si une bombe venaient à exploser au dessus de leur tête. Malgré (ou peut-être à cause de) l’étrangeté du propos, Mickey sera foudroyé par la belle:

« Non seulement je n’avais jamais vu cette fille, mais jamais je n’avais vu une fille dans son genre — et au moment précis où je me faisais cette réflexion, une certitude me frappa: si je devais me faire vaporiser en compagnie de qui que ce soit, ce serait avec elle ».

L’humour de Nicholas Dickner n’est pas sans rappeler celui de John Irving (dans ses meilleures années). On sent chez lui les qualités indéniables de conteur qui font un bon romancier. Chose rare. À noter également le travail minutieux de recherche historique sur lequel repose la trame romanesque. Car, enfin, si 1989 c’est encore hier, c’est également une toute autre époque: Celle de l’invasion du Koweit par l’Irak de Saddam Hussein, celle de la chute du mur de Berlin. On faisait son épicierie chez Steinberg et, à la bibliothèque, pour faire une recherche, il fallait ouvrir des tiroirs remplis de fiches cartonnées. C’est dire comme le monde a changé…