J’aime les titres

Je l’avoue, parfois le titre d’un livre agit sur moi comme un aimant, surtout s’il contient plusieurs mots. Bien sûr, le nombre seul ne suffit pas à garantir mon adhésion mais j’ai remarqué que, souvent, les titres qui me plaisent sont plus longs que la moyenne. Si les termes d’un titre sont bien agencés, si l’ensemble est évocateur, s’il s’en dégage une certaine poésie, comme d’un vers tiré d’un poème, je suis déjà un peu gagné. J’ai envie d’aimer le livre qu’il représente. Un titre, c’est une promesse. Certains livres la tiennent, d’autre moins…

J’imagine le cauchemard de l’auteur (et souvent de l’éditeur) au moment de choisir le titre d’un ouvrage à paraître. Il faut ramener l’oeuvre à sa plus simple expression; faire en sorte que le texte tout entier puisse entrer dans ces quelques mots choisis tout en gardant à l’esprit l’aspect promotionnel de l’exercice et les contraintes de la mise en marché.

Quelques exemples de titres qui ont attiré mon attention sur le livre:

Cette attirance pour les beaux titres me vaut aussi parfois des surprises moins heureuses. Témoin, ce roman complètement déjanté dont le titre m’a envoûté comme le chant d’une sirène et sur lequel je suis venu m’échouer, tel un marin sur son récif: Et dormir dans l’oubli comme un requin dans l’onde.

Par ailleurs, la longueur seule n’est pas un gage absolu de réussite à ce point de vue: Les fabuleuses aventures d’un indien malchanceux qui devint milliardaire, ouvrage au demeurant plutôt original, est assez mal servi par ce titre (de traduction) sans aucune imagination.

Enfin, malgré la présence d’un titre d’une qualité exceptionnelle, une expérience malheureuse précédente me préviendra parfois contre la tentation de me lancer dans la lecture du dernier livre d’un auteur. C’est le cas de celui-ci:  Comme le fantôme d’un jazzman dans la station Mir en déroute. Non mais quel titre tout de même, vous en conviendrez.

Peut-être avez-vous, vous aussi, vos titres aimants?

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6 réflexions sur “J’aime les titres

  1. Allo Pierre,

    La route sanglante du jardinier Blott était plutôt pissante… je me rappelle aussi avoir été renversé par ces voyages au bout de la nuit … l’insoutenable et les tigres, etc.. Je prends bonne note des non lus, ils sont d’ailleurs disponibles dans Nelligan (merci pour la promo)

    Bon j’y vais de petits ajouts :

    L’art et la manière d’aborder son chef de service pour lui demander une augmentation, Georges Pérec (cols bleus en grève demain, ça va chauffer)

    Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour, Georges Pérec

    Les choses s’arrangent mais ça ne va pas mieux. Kate Attkinson

    Extension du domaine de la lutte, Michel Houllebecq

    Et je ne peux m’empêcher d’ajouter des titres courts qui m’ont apporté un grand bonheur de lecture :

    Les choses (encore Pérec)
    L’ivre livre (Marcel Moreau) – secret bien gardé
    Les saisons (Maurice Pons) – autre secret bien gardé
    L’idiot (de tu sais qui?)
    Mangeclous (Albert Cohen) — on rigole comme des bossus
    La plaisanterie (Kundera)

    Pierre, la lecture de ton blogue est un réel plaisir.

  2. Merci pour ces suggestions Luc. J’en mets un certain nombre dans ma liste de lecture. Particulièrement Pérec que ne connais que de nom.
    A+

  3. Le titre, c’est souvent le plus difficile à écrire pour un auteur. Personnellement, j’ai été marqué par « Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour » de Georges Perec, quand j’étais ado, je pense. Et des tas de titres de polars poilants.
    Du coup, j’aime que les titres de mes bouquins fassent sourire et soient représentatifs de ce qu’on trouve à l’intérieur. C’est ainsi que j’ai publié, notamment :
    – Les ours n’ont pas de problème de parking
    – Nous sommes tous des playmobiles
    – Écrivain cherche place concierge
    – L’homme qui valait 35 milliards.
    Ça me plairait bien que vous me disiez ceux qui vous tentent, rien que sur le titre, s’il y en a.

    • Bonjour Nicolas,

      Personnellement je pencherais pour ‘Les ours n’ont pas de problème de parking’. Je note aussi la présence de Perec dans votre liste.

      Merci

  4. Hélas, je suis nulle pour retenir les titres, dans le temps où Barbery a publié « L’élégance du hérisson », je n’osais même pas en parler à mes amis tant j’avais de peine à me souvenir des ces deux mots accolés. J’ai tout lu, mais ça m’a pesé, il y avait quelque chose de fabriqué dans cette écriture trop précise, une démonstration philosophique qui se cachait. En fait, comme le titre, trop « poli ». Je ne fait pas dans le raffinement, faut croire.

    Un titre tout à fait moche, comme « Sandrone et associé » cache un personnage de polar italien tout-à-fait inusité, d’une lucidité drôle et grinçante, atteint de schizophrénie. Sandrone partage son corps avec son associé, quand il s’endort, « l’autre » prend la relève – leur corps commun ne dort jamais. Celui qui qu’on préfère, c’est Sandrone, un ex-militant gauchiste amoureux fou de sa ville, Milan. Et il défend des paumés, il tente désespérément de ne pas perdre sa blonde vu que son associé fait des conneries à tour de bras.

    Plaisant.

    mj

  5. Question titres, la longueur ne me semble pas déterminante… Je suis en train de lire un livre au titre court mais intrigant: « HHhH » de Laurent Binet, sur la figure sinistre du nazi Heydrich.

    Dans le genre long, en revanche, il y aurait aussi « L’angoisse du gardien de but avant le penalty » de Peter Handke, « La course du lièvre à travers les champs » de Sébastien Japrisot, « Les particules de mon mari sont authentiques » de Véronique Beucler, « La Cadillac blanche de Bernard Pivot » (un roman québécois que je n’ai jamais trouvé ici en Suisse), etc.

    Bonnes lectures!

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