L’éléphant s’évapore

N’ayant jamais très bien compris la finalité de la nouvelle comme genre littéraire, je ne l’ai à vrai dire que très peu fréquentée. Et lorsque je me suis aventuré sur ce territoire, j’en suis souvent ressorti perplexe. Avec le temps, j’ai fini par faire mienne l’idée, ou disons plutôt le cliché, voulant que la nouvelle ne soit généralement que la prémisse d’un roman qui n’a pas abouti.

Ma dernière expérience en ce sens: Mexico, quartier Sud de Guillermo Arriaga (à qui on doit entre autres le scénario de Babel et de 21 grams) n’a pas arrangé les choses. On m’avait dit pourtant le plus grand bien de ce petit recueil. Résultat: Bof…

J’allais donc métaphoriquement jeter la serviette (une fois de plus) lorsque je suis tombé l’autre jour sur ce livre de Haruki Murakami, auteur que je ne connaissais pas et dont la notice biographique m’apprend qu’il est le traducteur japonais de Scott Fitzgerald, de Raymond Carver et de John Irving. Son recueil regroupe 15 nouvelles offrant une grande unité de ton. Les situations décrites y sont parfois étranges, parfois complètement déjantées mais elles sont toujours présentées avec une logique et un naturel tels qu’elles en deviennent presque vraisemblables. J’en retiens 3 particulirement réussies: « La seconde attaque de la boulangerie », « Le communiqué du kangourou » et « Le nain qui danse ». Dans ce dernier texte, le narrateur explique en toute simplicité son travail dans une manufacture d’éléphants:

« (…) nous ne fabriquons pas les éléphants à partir de rien, bien sûr. Pour être exact, nous reconstituons des éléphants liophylisés, pourrait-on dire. Un éléphant capturé est découpé à la scie en parties distinctes: les oreilles, la trompe, la tête, le tronc, les pattes, l’arrière-train, ce qui nous permet de reconstituer cinq éléphants. Ce qui veut dire que l’éléphant obtenu n’est véritable que pour un cinquième, les quatre cinquièmes restants étant de l’imitation. Mais ça ne se voit même pas et même les éléphants l’ignorent. Tellement nous travaillons habilement.

Vous vous demanderez peut-être pourquoi il faut ainsi fabriquer ou plutôt reconstituer ces éléphants de toutes pièces, eh bien, c’est parce que nous sommes beaucoup moins patients que les éléphants. Si on laissait faire la nature, les éléphants n’auraient qu’un petit tous les quatre ou cinq ans. Nous qui adorons les éléphants, constater leur lenteur de reproduction nous rend très nerveux. Voilà pourquoi nous préférons les reconstituer nous-mêmes. »

Plutôt déstabilisant comme univers mais on s’y habitue.

Pour en revenir à la nouvelle comme lieu littéraire, je crois me souvenir avoir lu ou entendu dire que Dino Buzzati en a écrites de très belles. J’irai peut-être y jeter un coup d’oeil. D’autres suggestions?

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4 réflexions sur “L’éléphant s’évapore

  1. Allo Pierre,

    Des suggestions,

    Julio Cortazar : Les armes secrètes
    Italo Calvino : Marcovaldo
    Antonio Tabucchi : L’ange noire.

    et en trichant un peu : Tchekov

    Bye

    Luc

  2. Dino Buzatti définitivement, avec le K, on ne s’y trompe pas!
    Sinon, il y a toujours James Joyce avec Gens de Dublin et plus près de chez nous, L’encyclopédie du petit cercle de Nicolas Dickner!

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