Comme Dieu le veut

Avec ce roman, Nicollò Ammaniti nous plonge dans un univers glauque où grouillent des personnages plus antipathiques les uns que les autres, du moins au premier abord. Rino Zena, le père: une allure de skinhead, des tendances néo-nazi, une violence à demi contenue, qui n’hésite pas à envoyer son fils de 12 ans abattre le chien du voisin parce qu’il l’empêche de dormir. Christiano, le fils: prêt à tout pour l’amour de son père, jusqu’à glorifier Hitler dans ses compositions scolaires. Quattro Frommagi, l’ami de la famille, un peu fêlé celui-là depuis qu’il s’est électrocuté lorsque sa ligne à pêche s’est emmêlée à des fils électriques. Danilo Aprea enfin, qui ne se remet pas de la perte de sa fille morte dans ses bras après avoir avalé un bouchon de shampoing. Tous des éclopés de la vie à qui Danilo proposera de s’associer pour réaliser un plan qu’il imagine parfait: défoncer un mur de banque pour s’enfuir avec le distributeur de billets. C’est tout simple. Suffisait d’y penser.

À partir de là, les choses commenceront à se gâter sérieusement et la spirale impitoyable des événements entraînera tout ce beau monde vers le fond. Chacun pourtant se débattra du mieux qu’il peut, écoutant sa petite voix intérieure, y cherchant pour guider ses actions, un signe du destin, de Dieu en somme. Un signe qui ne viendra pas bien sûr, car de ce monde de misère, rien ni personne ne peut nous sauver.

La seule vraie rédemption viendra du fils. Et, paradoxalement, tout ce bourbier donnera l’occasion à l’amour le plus pur de se manifester.

Malgré les apparences et la rudesse du propos, voilà donc  un magnifique roman sur la relation père-fils.

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Je, François Villon

Nous savons peu de choses de la vie de François Villon. Les quelques renseignements biographiques rigoureux dont nous disposons proviennent de documents judiciaires relatifs à des procès dans lesquels il s’est trouvé impliqué. De plus, on perd toute trace de lui après son bannissement de Paris en 1463.

Villon s’est toutefois mis en scène dans de nombreux poèmes. C’est de cette matière dont s’est inspiré Jean Teulé pour nous livrer, dans un roman cru et sulfureux, l’aventure littéraire et humaine de Villon dans le Paris du 15e siècle. Si le tableau d’époque qui nous est brossé est à la limite du supportable, on constate avec soulagement que la vie pour un étudiant est beaucoup plus agréable sur les campus d’aujourd’hui qu’à l’Université de Paris au Moyen-âge…

On ne peut que ressentir un malaise à la lecture de cette histoire écrite à la première personne. Car, enfin, comment s’identifier à un personnage aussi haïssable que celui dépeint par le roman? Capable de toutes les infamies, Villon salira tout, y compris l’amour, offrant à cet égard l’exemple de la plus ignoble déloyauté.

On revisite toutefois avec plaisir ces chef-d’œuvres lointains et paradoxalement si modernes que sont ‘La ballade des pendus’ ou ‘Le testament’. À lire avec le recueil de poèmes à portée de main…

La chorale des maîtres bouchers

De quoi le destin est-il fait? Qu’est-ce qui détermine l’enchaînement des événements de notre vie? Pour Fidelis Waldvogel, un vétéran allemand de la « sale guerre », la réponse se trouve dans une valise. Une valise remplie de saucisses fumées. 

1922. Après avoir fait sa compagne de l’épouse d’un ami tombé au combat, un maître-boucher débarque en Amérique et, comme tant d’autres immigrants, y arrive sans un sou mais déterminé. Son rêve: s’établir à Seattle mais pour s’y rendre, il faut prendre le train. Comment faire sans argent? On paie en saucisses. Et que fait-on quant les saucisses viennent à manquer? On s’arrête au beau milieu du trajet: Argus, Dakota du Nord. Autant dire, nulle part.

Ce bout du monde est toutefois peuplé de personnages fascinants bien que parfois inquiétants: D’abord Cyprian, l’acrobate Ojibwé, un survivant de la guerre lui aussi, mais dans le camp adverse à celui de Fidelis; Delphine sa compagne et assistante, véritable table humaine sur laquelle Cyprian s’appuie pour dépoyer ses montages d’équilibriste; Roy Watzka, le père de Delphine, qui ne dessoûle jamais et dont la maison aux relents méphitiques cache un lourd secret; Tante, la vieille chipie, la sorcière d’Hansel et Gretel. Qu’on se plaît à la détester celle-là qui, en 1934, alors que la pourdière allemande est au bord de l’explosion, ne rêve que de rentrer au pays avec les enfants de Fidelis, pour y parfaire leur éducation, dit-elle.

Si les parents ont été marqués par la première guerre, leurs enfants eux ne seront pas épargnés par la seconde. Cette partie du siècle n’était décidément pas de tout repos.

Une belle écriture que celle de Louise Erdrich. Pas d’extravagance mais un solide roman tout de même.