Et que le vaste monde poursuive sa course folle

Fixons d’abord le décor: Nous sommes en 1974. Les États-Unis sont enlisés dans une guerre dont ils ne sortiront pas indemnes. Nixon, éclaboussé par le scandale du Watergate s’apprête à démissionner de la présidence. New-York est au bord de la faillite. La violence est partout dans cette ville.

Au matin du 7 août, un homme, sorti d’on ne sait où, un funambule, marche sur un fil de fer tendu entre le toit des deux tours jumelles du World Trade Center. La prouesse est véridique et fait les premières pages des journaux à l’époque (voir la bande-annonce du film documentaire Man on a wire). Ce geste d’une beauté à la fois absurde et parfaite contraste avec le chaos qui règne 110 étages plus bas. Car dans la rue, c’est autre chose…

Là, un prêtre-ouvrier se fait tabasser par des souteneurs parce qu’il permet aux filles qui font le trottoir d’utiliser le cabinet de toilettes de son appartement. Un accident de la route aux conséquences tragiques provoque l’éclatement d’un couple d’artistes d’avant-garde. Des mères ayant perdu un enfant au Vietnam se réunissent pour partager leur douleur. L’une d’elles y a laissé ses 3 enfants. Elle est noire, évidemment. Car le racisme et les inégalités sociales sont omniprésents. Ailleurs, un juge aux prises avec le débordement de la criminalité, tente d’imposer des sentences avec discernement. C’est lui qui héritera de la cause du funambule. Le trajet insensé de l’équilibriste est le le ciment qui relie toutes ces histoires.

Tout ça nous donne une intéressante peinture d’époque. Deux réserves toutefois: J’ai un peu de difficulté avec la traduction en argot parisien de la langue de la rue new-yorkaise. On retrouve évidemment des « Allez, barre-toi mec » et autres tirades du genre. Également, et là je trahis peut-être mon âge, mais l’utilisation du passé composé plutôt que du passé simple dans une narration m’agace, comme un bruit d’ongles sur un tableau. Si je lis « Un jour qu’il faisait orage, il a surfé sur le câble après avoir desserré les haubans », je ne peux m’empêcher d’imaginer que la phrase serait plus belle ainsi: « Un jour qu’il faisait orage, il surfa sur le câble après avoir desserré les haubans ». Affaire de goût sans doute, ou de génération…

***

McCANN, Colum. Et que le vaste monde poursuive sa course folle. Paris: Belfond, 2009, 435 p. ISBN 9782714445063

***

Vérifier la disponibilité de l’ouvrage:

***

Ces blogs (entre autres) ont également commenté le roman: Liratouva2, Mobylivres, Amanda Meyre, À l’ombre du cerisier, À propos de livres

Publicités

5 réflexions sur “Et que le vaste monde poursuive sa course folle

  1. Allo, Pierrre,

    Très juste pour le passé simple et ce n’est pas affaire de génération, mais de goût. Incapable de franchir le premier chapitre de la ‘Pastorale américaine’ de Roth : quand les parisiens se mettent à traduire un match de baseball…

    Luc

  2. Bonjour,

    je ne m’étais jamais fait la remarque mais il est vrai que c’est evidemment plus joli.

    En ce qui concerne la traduction, il est evident que pour vous quebecquois certaines traductions fancaises doivent vous dérouter, le baseball est un bon exemple car c’est un sport quasi inconnu en france, comme le football d’ailleurs. Du coup le traducteur doit être partagé entre le choix de francisé quelque chose ( erreur à mon sens) ou chercher le sens premier de l’auteur dans son environnement culturel et social d’origine.
    Maintenant , que doit dire le traducteur, quaterback ou quart arrière, yards ou verge ?

    • Bonjour,
      Effectivement lorsque je lis des traductions françaises de la langue anglaise de la rue, je suis souvent perplexe. Il est parfois possible de restituer le sens d’un mot grâce au contexte mais pas toujours. De plus, je ressens souvent un décalage comparable à celui qu’on pourrait avoir en regardant un film d’Arnold Shwarzennegger traduit en cantonnais. On a beau connaître les répliques, il n’y a pas un moment où l’on oublie que la langue utilisée n’est pas celle du Terminator original. Ceci dit, je ne vois pas de solution miracle. Une adaptation en québécois m’agacerait tout autant. Alors quoi faire? Lire ce genre de roman dans la langue originale uniquement? Peut-être…`
      Pourtant, le français est une langue d’accueil tellement extraordinaire pour la traduction. Sans avoir lu l’oeuvre dans sa forme originale, je remarque que la traduction du roman ‘La route’ de Cormac McCarthy est superbe et empreinte de la poésie et du rythme propre au français.
      Parlant de traduction, est-ce que je vais lire la version québécoise de ‘Coke en stock’ rebaptisé ‘Colocs en stock’? Non. J’avoue que je ne comprends pas cette idée. Toute notre jeunesse a été bercée par la langue claire et précise de Hergé… Pauvre Tintin.
      Ah oui, pour répondre à votre question, au Québec on parle de ‘quart arrière’ et de ‘verge’ plutôt que de ‘quaterback’ et de ‘yard’.
      Au plaisir,

      Pierre

  3. je suis en train de regarder la série the wire en vost, et je me faisais la reflexion qu’une grande partie des dialogues est intraduisible en l’état, l’argot ne peut pas être traduit en l’état car c’est peut être le seul langague qui n’a son sens propre que dans son origine…on ne traduit pas de l’argot, on calque sur le culturel national…voir local, du coup en traduction francaise, le traducteur utilisera l’argot local qui n’es en aucun cas celui utilisé au quebec qui pourtant parle la même langue

  4. Ah le fameux passé simple. De nombreux prescripteurs sont effrayés juste en entendant son nom. Par exemple, beaucoup d’adultes, aussi bien profs que parents, ont du mal avec les livres jeunesse écrit au passé simple. Ils craignent que les enfants ne comprennent pas……et pourtant, il suffit de voir le succès d’Harry Potter pour s’apercevoir qu’il n’en est rien…Mais bon, je pourrais continuer des heures juste sur ce sujet!
    Je n’ai pas encore lu le Mc Cann peut-être devrais-je le faire en anglais au vu de ce petit passé composé qui, je trouve, alourdit la phrase citée

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s