Ce que je sais de Vera Candida

Il m’arrive encore parfois en lisant de retrouver intact le plaisir que j’éprouvais, enfant, à écouter mon professeur nous raconter une histoire. J’étais alors un public ébahi et docile; attentif aux moindres inflexions de la narration et je laissais, pour ainsi dire, mon imaginaire s’imprégner d’un univers qui se construisait devant moi au fil des mots. Quel bonheur.

Ce plaisir, je l’ai éprouvé de nouveau à la lecture du dernier roman de Véronique Ovaldé, particulièrement dans la première partie dont l’action se passe sur une île imaginaire d’Amérique du Sud appelée Vatapuna. Les ingrédients favorables à mon émerveillement y sont réunis: des personnages bien dessinés, certains chargés d’un passé flou et inquiétant, une intrigue au déroulement imprévisible, le tout livré avec un art de raconter qui incite à l’abandon.

On y fait la connaissance de Rose Bustamente, grand-mère maternelle de Vera Candida, pute à la retraite et pêcheuse de poissons-volants de son état. Le destin de Rose sera boulversé par l’arrivée sur l’île d’un petit mafieux dont le premier projet est de déplacer la maison de Rose parce qu’elle nuit à la vue qu’il a de la mer depuis le balcon de sa villa en construction.

Sauf exception, les hommes n’ont pas le beau rôle dans ce roman qui nous présente quatre générations successives de femmes, de Rose jusqu’à la fille de Vera Candida, Monica Rose. L’amour des enfants, cependant, transpire de partout:

L’odeur de Monica Rose faisait chavirer Vera Candida. Elle s’asseyait près de sa fille et plongeait le visage dans ses cheveux. Ils sentaient le sel et l’iode, le vent et quelque chose de plus souterrain et mammifère, comme la sueur d’un minuscule rongeur ou bien d’un petit loup. Monica Rose sentait la fourrure. Vera Candida se disait toujours, Comment ferais-je quand je serai une très vieille femme, que je n’y verrai plus, que je tenterai de me souvenir de cette odeur. Elle s’efforçait d’enregistrer comme sur des cylindres d’argile les sensations liées à sa fille…

La langue de Véronique Ovaldé est à la fois simple et recherchée. À quand remonte la dernière fois où vous avez lu d’un personnage qu’il était ‘marri’?:

Et quand ils allaient, fort marris, transmettre l’échec de leur négociations à Jéronimo, celui-ci souriait et répondait toujours, J’ai une patience d’ange.

Remarquons au passage une ponctuation créative et l’enchâssement des dialogues à même la narration, un peu à la manière de José Saramago.

Au final, un beau voyage littéraire que celui proposé par Véronique Ovaldé.

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OVALDÉ, Véronique. Ce que je sais de Vera Candida. Paris: Éditions de l’olivier, 2009, 293 p. ISBN 9782879296791

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