Les naufragés du Batavia

On dit du naufrage du Batavia qu’il fut aussi célèbre en son temps que celui du Titanic au XXe siècle. Et, de fait, ces tragédies ont plusieurs points de similitude. Les deux navires, fleurons de l’industrie navale de leur époque, en étaient à leur première traversée. Dans un cas comme dans l’autre, le naufrage est attribuable à la négligence humaine ou, à tout le moins, à une appréciation erronée des faits. Mais si le drame du Titanic culmine avec son engloutissement dans les eaux glacées de l’Atlantique, pour les passagers du Batavia, le naufrage ne marque que le début d’une longue descente vers l’horreur. 

Le 28 octobre 1629 le navire quitte le port de Texel aux Pay-Bas en direction de Java en Indonésie. Avec ses 3 mats immenses, ses 30 canons, sa cargaison d’or et de florins et plus de 320 passagers et membres d’équipage, le Batavia a décidément fière allure. Un tel voyage cependant, même au 17e siècle, tient de l’exploit. Il faut compter plus de 7 mois de navigation pour atteindre la destination. Une seule relâche, au Cap de Bonne-Espérance. On estime que seul un tiers de ceux qui tentent ce genre d’aventure en reviennent. Plusieurs sont terrassés par le typhus, la dysenterie le scorbut ou bien meurent de maladies tropicales à leur arrivée quand leur navire ne sombre pas tout simplement en route, corps et bien.

Les conditions dans lesquelles s’effectue la traversée du Batavia, déjà précaires au départ, se dégradent progressivement. Au bout de 6 mois, les vivres sont pratiquement à sec. L’eau douce est croupie. Il règne partout une odeur pestilentielle et, du fait de la promiscuité, la tension devient chaque jour plus grande entre soldats, gabiers, marins et passagers. Dans la nuit du 4 juin 1629, le navire s’échoue sur un haut-fond de l’Archipel Abrolhos de Houtman à environ 80 kilomètres des côtes de l’Australie par suite d’une erreur de calcul.

Les survivants sont tout simplement abandonnés à leur sort sur l’une des îles de l’Archipel par le capitaine, le responsable de l’expédition et quelques matelots aguerris qui réquisitionnent le seul canot disponible pour partir à la recherche de secours. Il faudra plus de deux mois pour que cette aide arrive. Entre temps, les naufragés restants doivent s’organiser et croient bien faire en confiant leur salut à Jeronimus Cornelisz, un homme d’apparence affable, apothicaire de profession et assistant du maître d’expédition. Les conditions exceptionnelles dans lesquelles se trouvent les survivants révéleront vite la nature sanguinaire de Cornelisz. Aidé de quelques fidèles, il imposera sa volonté et deviendra un véritable tyran, commandant des exécutions arbitraires et faisant régner sur l’île une véritable terreur.

L’horreur ne cessera qu’avec l’arrivée des secours. Cornelisz sera pris, jugé et exécuté sur place avec ses complices. Ses exactions ont toutefois frappé l’imaginaire de l’époque. Plus récemment, certains ont vu dans cette histoire une préfiguration des horreurs concentrationnaires qui ont marqué le XXe siècle.

Dans le liminaire de sa courte plaquette de 73 pages (exception faite du récit ‘Prosper’ qui suit), Simon Leys explique comment l’histoire du Batavia l’a toujours fasciné. Pendant 18 ans, il a accumulé des renseignements, consulté des archives et fait des recherches pour préparer un livre qui ferait autorité sur ce sujet encore vierge. Seulement voilà: à force d’attendre, Leys a été pris de vitesse et le livre qu’il souhaitait tant offrir a fini par être publié par un autre. C’était couru. Bon joueur cependant, Simon Leys s’incline:

Enfin, Mike Dash vint. Avec son Batavia’s Graveyard [traduit en français sous le titre L’Archipel des hérétiques], cet auteur-ci a vraiment mis dans le mille – et il ne me reste plus rien à dire. Dash démêle les fils complexes des personnages et des événements; il les situe dans leur contexte historique, et surtout, il a accompli un prodigieux travail de détective dans les archives hollandaises de l’époque. Après avoir lu et relu cette synthèse définitive, j’ai remisé une fois pour toutes la documentation et les notes, photos et croquis que j’avais glané sur cette affaire dans les bibliothèques et sur le terrain: je n’en aurai plus jamais besoin. Et maintenant, en publiant les quelques pages qui suivent, mon seul souhait est qu’elles puissent vous inspirer de lire son livre.

Quoiqu’en dise Simon Leys, ses propres pages sont fort utiles. Elles constituent un condensé absolument fascinant de toute cette affaire. Et il est vrai qu’une fois le livre refermé on a que l’envie de poursuivre avec l’ouvrage de Mike Dash pour en savoir davantage.

LEYS, Simon. Les naufragés du Batavia. Paris: Arléa, 2003, 126 p. ISBN 9782869596238

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Vérifier la disponibilité de l’ouvrage

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La tragédie du Batavia a également inspiré à Cristophe Dabitch un tryptique en bande dessinée:

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Une réflexion sur “Les naufragés du Batavia

  1. Sur un sujet très tentant, Robinson n’est pas loin, je vais opté pour Simon Leys, d’abord j’aime cet auteur, tous ses écrits sur la chine ou la littérature et puis un petit livre me va , dans le bouquin de Dash on annonce plusieurs dizaines de pages de notes ouhhhhhhhh
    merci d’avoir attirer mon attention sur ce bouquin

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