Le cuisinier

Connaissez-vous la cuisine sri-lankaise? Moi non plus. Nous aurions sans doute avantage à nous y intéresser si on en juge par les vertus aphrodisiaques que Martin Suter lui prête dans ce délicieux roman qui met en scène un virtuose des arts de la table.

Maravan est un jeune réfugié tamoul en attente de statut et employé Chez Huwyler, un restaurant Zurichois de haute gastronomie. Comme chacun le sait, le travail en cuisine est souvent régi par une discipline quasi militaire et chacun doit y accomplir sa mission en fonction de la place stricte qu’il occupe dans la hiérarchie. Pour simplifier, disons qu’à ce point de vue, Maravan est loin d’appartenir à la caste dominante. Au service de tout un chacun, il effectue pourtant avec application les tâches qu’on lui assigne.

Mais Maravan a d’autres ambitions: Utiliser le savoir-faire que lui a transmis sa grand-mère Nangay pour révolutionner la cuisine.

—(…) J’ai appris à l’époque que cuisiner, ça n’est rien d’autres que métamorphoser. Du froid en chaud, du dur en moelleux, de l’aigre en doux. C’est pour cette raison que je suis devenu cuisinier. Métamorphoser les choses me fascine.

—Vous êtes un cuisinier admirable.

—Ce que j’ai fait aujourd’hui ça n’était rien du tout. Je veux aller plus loin. Continuer à métamorphoser ce qui l’a déjà été. Rendre croustillant le dur devenu moelleux. Croustillant ou mousseux. Ou fondant. Vous comprenez? Je veux… (Il chercha les mots justes.) Je veux faire quelque chose de neuf avec ce qui est familier. Quelque chose de surprenant avec de l’attendu. (p. 227)

Pour quelqu’un qui déploie une telle vision de son art, on comprendra aisément que le milieu dans lequel évolue Maravan ne lui permet pas de s’épanouir pleinement. Son premier geste créatif sera de préparer un repas aux vertus libidinales absolument irrésistible pour Andrea, une collègue de travail. Le résultat sera tellement au dessus des espérances de Maravan qu’Andrea, une fois le premier étonnement passé, lui proposera  de s’associer pour offrir aux intéressés (et ils sont nombreux) un service de traiteur à domicile basé sur ce qu’elle appellera avec beaucoup d’à-propos le ‘Love Menu’.

Leurs activités se dérouleront sur fond de répression des Tigres de libération de l’Îlam Tamoul. Chronologiquement, la période où se situe le roman va de mars 2008 à avril 2009. Un peu plus d’un an donc d’un récit ponctué de références aux grands et petits événements de l’histoire récente: Le discours de Barak Obama à Berlin devant une marée humaine, son investiture, la grippe porcine et même la victoire du film ‘Slumdog Millionaire’ aux oscars.

Les lecteurs qui auraient la curiosité de s’essayer à la réalisation du ‘Love Menu’ en retrouveront toutes les recettes en annexe à la fin du roman. Pour vous donner une idée, on commence par des ‘Mini-chappadis à l’essence de feuilles de curry, de cannelle et d’huile de coco’ et on termine le tout avec des ‘Phallus gelés au ghee et aux asperges’ et des ‘Esquimaux au ghee de miel et de réglisse’. Effet garanti, nous dit-on. Encore faut-il se procurer certains ingrédients-clé comme des feuilles de caloupilé frais, ce qui ne semble pas une mince affaire…

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SUTER, Martin. Le cuisinier. Paris, Christian Bourgeois, 2010, 343 p. ISBN 9782267020939. (Traduit de l’allemand par Olivier Mannoni)

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Commentaires des bloggeurs: Passion des livres, Luocine, Miss Orchidée, Librairie du Parc, Des livres en tête, Ptit Sushi, Livres et lectures, Romanesque, AnneSoGood

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4 réflexions sur “Le cuisinier

  1. Chers cousins,

    ce serait bien de mentionner le nom du pauvre traducteur (himself) qui a fait passer tout ça de l’allemand vers le français, non?

    Amicalement, et merci pour ce bel article.

    • Bonjour Olivier,

      En plus d’ajouter une mention du traducteur sur ce post particulier, j’ai réfléchi à votre suggestion. Je me propose d’indiquer systématiquement le crédit de traduction à l’avenir dans mes billets. La traduction a un impact important sur le plaisir de la lecture et quand elle est belle, on a souvent l’impression que le texte a été écrit directement en français. C’est le cas ici.

      Salutations,

      Pierre

      • Cher Pierre,

        ce serait une bonne idée. Le traducteur idéal est en effet quelqu’un qu’on ne doit pas trop remarquer. Mais c’est une profession difficile, qui n’existe que par la mention qu’on en fait de temps en temps et l’estime que lui portent les lecteurs!

        Merci et cordialement,

        Olivier

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