Arturo Pérez-Reverte

Ma relation littéraire avec Arturo Perez-Reverte a toujours été en dents de scie. J’adore ou bien alors… pas du tout. Très peu d’auteurs me font cet effet. Je me souviens que mon premier contact avec l’œuvre de cet écrivain remonte à la parution en français de ce qui allait devenir un méga-succès de librairie: Le tableau du maître flamand. Tous les ingrédients susceptibles de remporter mon adhésion s’y trouvaient pourtant rassemblés: Une trame historique passionnante; des références culturelles et artistiques à la fois savantes et accessibles; l’idée ingénieuse qu’une partie d’échec représentée dans un tableau puisse être décortiquée et jouée à rebours afin de déterminer auquel des deux joueur il appartient de faire le prochain mouvement. Tout ça aurait été merveilleux sans cette fin en queue de poisson qui m’a particulièrement déçue. Anti-climax.

Je vous parle de tout ça parce qu’il y avait justement la semaine dernière une rencontre littéraire sur un roman de Perez-Reverte, Le Maître d’escrime organisée par un groupe de discussion que j’aime beaucoup, Lisez l’Europe, et dont la mission est, comme son nom l’indique, de faire découvrir un auteur européen à chacune de ses rencontres. On change de pays à tous les mois. La semaine dernière c’était donc l’Espagne qui était à l’honneur. Et puis tiens, tandis qu’on y est, je profite de l’occasion  pour mentionner que le prochain évènement mettra l’Allemagne à l’avant-scène. Il aura lieu le 8 décembre 2010 à la bibliothèque du Goethe-Institut de Montréal et portera sur le roman Le Goût des pépins de pommes de Katharina Hagena.

Bon, voilà pour la pause publicitaire. Revenons à Arturo Pérez-Reverte. Je n’avais pas encore lu Le maître d’escrime. Je suis donc allé l’emprunter à la bibliothèque afin de me préparer à la rencontre de la semaine dernière. Malheureusement, le jour venu, j’étais trop enrhumé et je suis resté à la maison. C’était peut-être une bonne chose finalement car ce roman m’est littéralement tombé des mains: Les descriptions sans fin de passes d’armes en tierce, et quarte, très peu pour moi. Zzzzzz…

Et pourtant, et pourtant…

C’est ce même Pérez-Reverte qui m’avait procuré un plaisir de lecture immense avec son roman dédié à Dumas, Le Club Dumas, un livre d’une superbe érudition dans lequel l’auteur nous propose une aventure quasi-policière dont le prétexte est la recherche d’un chapitre inédit du célébrissime roman Les trois mousquetaires. À l’évidence, il s’agit ici de l’œuvre d’un grand amoureux de Dumas. Jouissif.

Puis, il y a cet autre roman d’aventure que j’ai adoré et dont le titre seul est déjà chargé de promesses: Le Cimetière des bateaux sans nom. Dire que j’ai aimé ce livre est bien en dessous de la réalité. J’ai littéralement craqué pour cet anti-héros mal dégrossi qui court délibérément au devant des problèmes et qui attire les baffes comme un aimant la limaille. C’est le livre que je choisirais si j’avais à réconcilier un ado avec la lecture. De l’aventure à l’état pur: Une chasse au trésor, des galions engloutis, des concurrents armés et dangereux, une partenaire au corps sculptural mais aux accointances suspectes. Du bonbon.

Et pourquoi pas La Reine du Sud, une brique peut-être un peu longuette mais qui se lit tout seul. Ça démarre sur les chapeaux de roue. Regardez-moi plutôt cette première phrase:

Le téléphone sonna et elle sut qu’ils allaient la tuer. (p. 9)

Des personnages forts et beaucoup, beaucoup d’action. Le plus étonnant c’est qu’au milieu de toutes ces pétarades entre barons de la drogue, l’auteur trouve le moyen de nous parler littérature. Son héroïne, Teresa Mendosa a lu Anna Karénine. Et que fait cette reine du narcotrafic pour se détendre en prison? Elle lit Le Comte de Monte-Cristo. On s’en fout que ce soit improbable car, en parsemant ses livres de références passionnantes à d’autres livres, Arturo Pérez-Reverte nous communique une furieuse envie de lire.

Un auteur à découvrir, si ce n’est déjà fait.

Taxi

Au cours des années, j’ai fréquemment eu l’occasion d’utiliser les services de taxis pour me déplacer dans le cadre de mon travail. Comme la plupart des clients sans doute, j’en profitais souvent pour faire un brin de causette avec le chauffeur et si je n’ai plus aujourd’hui un souvenir très précis de l’objet de nos conversations, je conserve en revanche une impression très vive de la manière dont se déroulaient ces échanges. J’en ai d’ailleurs déduit quelques règles:

1) Quelque soit le sujet abordé, le chauffeur de taxi a toujours des opinions très tranchées (particulièrement lorsqu’il est question de politique);

2) Habitué à conduire, le chauffeur aime bien également mener la conversation (il n’a en général aucun problème avec le monologue);

3) Il est d’ordinaire préférable d’éviter d’émettre une opinion contraire à celle de son chauffeur. Je me souviens en particulier de l’un d’eux, au gabarit comparable à celui d’un joueur des Broncos de Denver, qui avait l’habitude de déglacer son pare-brise à l’aide d’un couteau de Rambo. En voilà un que je n’aurais pas osé contredire.

Si vous vous demandez pourquoi je divague sur ce sujet, c’est que je viens de terminer la lecture d’un livre assez étonnant puisqu’il regroupe 58 petits textes relatant des conversations entre un auteur égyptien et des chauffeurs de taxi du Caire. Ce qui m’a particulièrement frappé à la lecture de ces nouvelles, c’est justement l’universalité du concept de « chauffeur de taxi ». Tout y est: la critique de la société, le caractère affirmé des opinions, tout. Références culturelles et géographiques mises à part, les propos rapportés pourraient être ceux de n’importe quel chauffeur dans n’importe quelle ville du monde. Multipliez simplement le nombre de véhicules circulant à Montréal par 10 et sa pollution par 20, assaisonnez le tout du chaos propres aux mégapoles et vous aurez une idée de l’atmosphère qui se dégage de ce livre.

Intéressant.

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KHAMISSI, KHALED AL. Taxi. Paris, Actes Sud, 2009, 190 p. ISBN: 9782742785414 (traduit de l’arabe (Égypte) par Hussein Emara et Moïna Fauchier Delavigne)

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