Les lieux sombres

Je ne sais pas si vous êtes comme moi mais il m’arrive à l’occasion d’être poursuivi jusque dans mon sommeil par l’intrigue d’un roman dont j’ai commencé la lecture avant de m’endormir. Parfois le rêve est agréable. Parfois moins. Je vous laisse deviner ce qu’il en a été cette fois-ci.

Campons d’abord brièvement le décor. Kinnake, un petit bled reculé du Kansas. Nous sommes en 1985. Dans la nuit du 2 au 3 janvier, une mère et 2 de ses enfants sont sauvagement assassinés à leur domicile. La petite Libby Day, 7 ans, échappe miraculeusement au massacre mais elle a tout vu et c’est sur son témoignage que Ben, 15 ans, son frère aîné, sera inculpé de ces meurtres sordides.

Nous voilà 25 ans plus tard. Libby est dans la jeune trentaine. Incapable de travailler, elle ne survit que grâce aux restes de la générosité des donateurs que son histoire tragique a émus au cours des années. Mais voilà, la source va bientôt se tarir. D’autres drames ont depuis longtemps accaparé l’attention de l’opinion publique. Alors que l’avenir semble sans issue, Lyle Wirth, le représentant d’un étrange club, le groupe Day, lui propose de l’argent en échange de son aide dans la recherche de preuves permettant d’innocenter Ben Day. Il faut dire que Libby n’a jamais douté de sa version des faits et pas une seule fois elle n’a cherché à revoir son frère qui croupit en prison depuis toutes ces années. Mais elle dira pourtant ‘oui’ à cette drôle d’association.

Les chapitres du roman se succèdent en alternance comme une mécanique implacable; l’un se déroulant aujourd’hui, le suivant nous ramenant aux heures cruciales ayant précédé le crime en 1985. Les deux trames narratives vont toutefois converger à la fin et nous laisser découvrir, dans toute son horreur, ce qui s’est réellement passé durant cette nuit fatidique.

N’étant pas, par nature, un très grand amateur de littérature policière, je dois dire que j’ai été d’abord été plus attiré par l’atmosphère sulfureuse qui se dégage de ce roman que par la simple résolution de l’énigme. Car c’est à un véritable voyage au bout de la nuit que ce livre nous convie. Très angoissant. À ne pas mettre entre toutes les mains.

***

FLYNN, Gillian. Les lieux sombres. Paris: Sonatine, 2010, 483 p. ISBN 9782355840357

***

Ces Blogs ont également commenté le roman: Les carnets de lecture de Pimprenelle, Chez Lorraine

Voir la fiche du livre sur Babelio

***

Vérifier la disponibilité de l’ouvrage:

Publicités

Enfant 44

Dans la Russie stalinienne du début des années 50, un enfant est retrouvé nu, la bouche pleine de terre, sur une voie de chemin de fer près de la gare de Moscou. On charge Léo Demidov, un officier du MGB (ancêtre du KGB) d’aller faire taire les parents affolés qui parlent de meurtre: Le garçon a été victime d’un simple accident car il n’y a pas de criminalité en Union soviétique. Et Léo de leur faire lecture du rapport officiel confirmant cette thèse. Dossier classé, donc. Et malheur à qui contesterait la version officielle. Suggérer qu’un document du MGB soit erroné reviendrait à mettre en cause tout le régime.

« Méfions-nous de ceux en qui nous avons confiance ». La citation est attribuée à Staline et résume bien l’atmosphère de délire paranoïde dans laquelle baigne toute l’Union soviétique à cette époque. Léo croit en la justesse de ce système érigé sur la peur, la méfiance et la dénonciation. Il en est le bras séculier. Son assurance s’évanouit cependant le jour où, arroseur arrosé, il devient lui-même victime de la répression d’état. Sa déchéance le conduira au village de Voualsk, à 800 kilomètres à l’Est de Moscou où, intégré comme simple exécutant à la milice locale, il découvrira par hasard d’autres cadavres d’enfants abandonnés dans les mêmes conditions que la première victime.

Ce sera comme un électrochoc pour Léo et l’occasion pour lui de se lancer envers et contre tous et au risque de sa vie dans une enquête haletante et rédemptrice pour faire éclater au grand jour la vérité.

Mon conseil: Gardez ce roman comme lecture d’été ou pour des vacances au soleil. Les premiers chapitres se déroulent dans un hiver d’une telle dureté qu’il vous viendra sans doute l’envie de vous couvrir d’une petite laine, même en pleine canicule. Une écriture d’une redoutable efficacité. Ça déménage.

Les droits cinématographique du roman ont été achetés par Ridley Scott, ce qui n’est pas mal non plus.

***

SMITH, Tom Rob. Enfant 44. Paris: Belfond, 2009, 398 p. ISBN 9782714444387

***

Ces Blogs ont également commenté le roman: Un moment pour lire, Mobylivres, Pages à pages, Le boudoir littéraire, Des livres, des histoires

***

Vérifier la disponibilité de l’ouvrage:

À noter que le roman est également disponible en version audio: